Maurice, la Région et le Monde

S’il y a une problématique qui demande à être inscrite dans la mise en perspective tout en étant en situation et privilégier la prospective, c’est bien celle de la place de Maurice dans la région et dans le monde. Il y a d’une part un nouvel ordre mondial qui se cherche avec en toile de fond les profonds changements en cours, et d’autre part les tendances lourdes qui se dessinent sur le plan géostratégique, géopolitique et géoéconomique. Notre république a de nombreux atouts tant pour saisir les nouvelles opportunités que pour se prémunir de menaces et risques actuels. Encore faut-il bien les identifier pour les mettre en exergue.

Histoire et globalisation

Notre naissance et notre histoire sont intimement liées à la globalisation. Enfantée par la colonisation – une phase importante de la globalisation –, Maurice a joué un rôle stratégique de par sa position géographique. Sur la route des Indes - route des épices -, le pays a été pendant la colonisation française dans le dispositif militaire de la France coloniale. Au terme d’une rivalité entre la France et l’Angleterre, le pays est devenu une colonie anglaise. Avec la guerre froide de l’après-guerre, il y a eu le «troc» des Chagos au moment de l’accession du pays à l’indépendance et la création de la base militaire sur Diego Garcia, dispositif incontournable dans la géopolitique de la région. Les récents développements autour d’Agalega sont venus confirmer l’importance stratégique de Maurice.

Toute notre histoire économique est aussi liée à l’ouverture sur le monde. Après la phase d’une économie de commerce colonial, s’est développée celle d’une économie de plantation sucrière dans le cadre de l’empire britannique. Avec l’Indépendance en 1968 et la diversification de l’économie – tourisme, zone franche –, l’ouverture prend de nouvelles dimensions, à la fois sur le plan politique et économique, et dont la plus marquante est l’établissement des relations diplomatiques avec la Chine en 1972. Dix ans après, ce sera la création de la Commission de l’océan Indien (COI), suivie de l’ouverture vers les pays de l’Asie du Sud-Est. Singapour devient une référence et un modèle pour une partie de nos élites. L’offshore se met en place avec les traités de non-double imposition, dont le partenaire privilégié est l’Inde.

Dans les années 1990, Maurice commence à subir directement et indirectement les effets de la mondialisation avec la fin de la Convention de Lomé. Les entreprises mauriciennes partent à la conquête d’autres pays de l’océan Indien, de l’Afrique, de l’Asie, dans les secteurs où elles ont développé un savoir-faire : sucre, textile, tourisme. Dans le même temps, Maurice devient l’objet de convoitises, comme tremplin pour l’implantation dans le continent d’avenir qu’est l’Afrique, cette fois-ci de la part des nouveaux acteurs émergents que sont la Chine et l’Inde.

Pays de peuplement

Notre histoire est peuplée de vagues d’immigration et d’émigration depuis ses origines jusqu’à maintenant. Il en sera encore ainsi dans les années et décennies à venir. Les colons européens, principalement de la France ; les esclaves de Madagascar, d’Afrique continentale et de l’Inde sont suivis de travailleurs sous contrat, venus des différentes régions de l’Inde, et d’une immigration chinoise. C’est ainsi que peut se résumer le peuplement de Maurice. Après l’Indépendance, et même un peu avant, le pays connaît une importante vague migratoire vers l’Europe - Angleterre et France - et l’Australie, et qui a aussi gagné le Canada ; dessinant les contours d’une diaspora mauricienne aux quatre coins du monde. Depuis les années 1980, le pays est redevenu terre d’immigration avec les travailleurs importés du Bangladesh, de l’Inde, de la Chine et du Sri Lanka. Actuellement, il y a près de 50 000 travailleurs étrangers sur le sol mauricien.

Les dynamiques de notre histoire démographique font de notre société «the world in a nutshell», avec un potentiel d’avènement d’une société cosmopolite. Trop souvent, nous ignorons cette richesse et ce qu’elle représente comme atout dans un monde où les sociétés sont déchirées entre ouverture et repli.

La géopolitique de l’océan Indien

La géoéconomie internationale est en pleine mutation depuis quelques années déjà, avec le déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale vers l’Asie (Chine et Inde). Plus récemment, avec l’élection de Donald Trump, le Brexit et l’élection d’Emmanuel Macron, le monde occidental est en pleine recomposition ; les États-Unis se repliant sur eux-mêmes et une Europe voulant préserver et affirmer sa place et son rôle dans la marche du monde, et menée par le couple franco-allemand. La nouvelle donne, ce sont les nouveaux acteurs que sont la Chine et l’Inde, qui entendent prendre la place qu’ils estiment leur revenir dans le nouvel ordre mondial. L’océan Indien, «centre de gravité du XXIe siècle» selon le journaliste américain Robert Kaplan, et le continent africain sont les nouveaux terrains de leur positionnement. Cela soulève l’importance des rapports Sud-Sud et toute la question de la souveraineté des pays concernés.

Maurice est directement concerné par cette profonde mutation géostratégique, géopolitique et géoéconomique. Le contentieux sur les Chagos et Tromelin, de même que le récent traité entre Maurice et l’Inde sur Agalega doivent être compris dans ce jeu des nouveaux rapports de force dans la région qui englobe le Moyen-Orient, secoué par le différend entre l’Arabie saoudite et le Qatar.

Nos rapports économiques avec le monde doivent tenir en ligne de compte cette réalité qui est le déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale, une mondialisation qui se cherche, le développement des nouveaux piliers du développement national, à l’exemple de l’économie de la connaissance. Le défi à venir, c’est de veiller à une mondialisation la plus bénéfique pour le pays, et à laquelle «Made in Moris» est en train d’apporter concrètement sa contribution pour en baliser les contours.

Les volets d’une diplomatie intelligente

Trouver notre place dans le monde de demain passe par une diplomatie intelligente axée sur le principe de la défense et de la promotion des intérêts du pays. Cela passe par une lecture attentive des dynamiques qui vont dessiner le monde d’ici 2050. Le nouvel ordre sera multipolaire, avec son corollaire le multilatéralisme qui va cohabiter avec une bonne dose de bilatéralisme. À nous de trouver l’articulation dans nos rapports avec les divers blocs régionaux et les pays qui en font partie.

Il y a d’abord la diplomatie économique qui doit s’appuyer sur le statut d’État-océan que nous confère notre zone économique exclusive. Dans cette zone existent un réel potentiel pour une grande industrie basée sur la pêche ainsi qu’un potentiel encore inexploré de toutes les autres richesses que recèlerait l’océan Indien – pétrole, gaz naturel et minéraux. Autant nous devons optimiser les accords existants avec certains pays, autant il faut activement rechercher quels autres pays dont l’expertise dans les domaines de l’exploitation des ressources de la mer pourrait nous être bénéfique. S’agissant de l’exploitation de ces richesses, il faudrait tout mettre en oeuvre pour que le pays ait sa juste part.

En ce qui concerne d’autres domaines qui sont en train de dessiner le monde de demain, à l’exemple du numérique, des industries culturelles ou des technologies propres, nous devons en faire un axe de notre diplomatie économique dans nos rapports avec des pays tels que le Rwanda, les pays nordiques, la Slovénie, pour ne citer que quelques exemples. L’accord signé avec l’Inde sur Agalega, de même que le vote des Nations unies pour permettre à Maurice de pouvoir faire appel à la Cour internationale de justice sur la question de souveraineté sur les Chagos, est venu mettre à l’agenda la nécessité d’une diplomatie qui est guidée par deux principes fondamentaux : la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale d’un côté, et la démilitarisation de l’autre, avec l’océan Indien comme zone de paix. Nous devons être lucides et ne pas tomber dans le jeu de forces qui n’ont d’abord que leurs intérêts à défendre.

Dans la défense des intérêts du pays, la diplomatie devrait faire l’objet d’un consensus national et non devenir une affaire de basse partisannerie où les arguments «communaux» sont exploités. Il appartient d’abord aux responsables et dirigeants politiques d’assurer cela , mais aussi aux citoyens. Nous avons tous les atouts pour trouver notre place dans la région et dans le monde, qui est en pleine mutation et recomposition. Si nous sommes condamnés à l’ouverture, il s’agit de travailler sur une ouverture intelligente pour s’assurer que l’impact de la mondialisation dans les différents domaines ne rime pas avec souffrance, casse sociale et aliénation des citoyens mauriciens. Mieux, nous pouvons, moyennant qu’on ouvre nos esprits, valoriser les atouts pour réaliser le rêve mauricien et devenir un modèle pour un monde qui se cherche.

-Malenn Oodiah

 

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